"Mon Logement, Ma Vie" - René, 77 ans : les retrouvailles

« Mon Logement, Ma Vie » – René, 77 ans : les retrouvailles

Dans "Mon Logement, Ma Vie", les seniors ont la parole ! Dans ces premières retrouvailles, nous allons passer un moment avec un personnage de la saison 1. Il s'agit de René, 77 ans qui vit toujours avec son épouse, sur la commune du Conquet, dans le Finistère.

Journaliste : Bonjour à tous. Ravis de vous retrouver pour cette 2e saison de « Mon logement, Ma vie », le podcast qui donne la parole aux seniors. C’est un programme à écouter sur independanceroyale.com, disponible également sur l’ensemble des plateformes de diffusion de podcast. Vous le savez au cours de cette 2e saison, nous traversons la France à votre rencontre pour prendre de vos nouvelles, l’occasion évidemment d’en savoir plus sur votre environnement, sur comment vous vivez depuis chez vous cette période décidemment pas comme les autres. C’est aussi l’occasion de revenir vers des personnes que nous avons pu interroger en plein confinement pendant la première saison. Et pour ce nouvel épisode justement, nous allons retrouver René, 77 ans qui vit toujours avec son épouse, sur la commune du Conquet, dans le Finistère.

Journaliste : Bonjour René. Je suis ravi de vous retrouver. Nous avions échangé ensemble une première fois, tout début Mai avant que ne soit levé le confinement. Première question René : comment est-ce que vous vous portez avec votre femme et vos 3 enfants ?

René : Ecoutez, aucun problème concernant mon épouse et moi par rapport au Covid. Mais il faut vous dire qu’ici à la pointe de la Bretagne, quand on regarde la carte de France on est préservé. C’est une des rares régions en couleur très claire. Donc, ça c’est la carte de France, mais au niveau de la réalité, on peut constater que dans notre environnement immédiat, l’environnement immédiat de notre commune, des communes environnantes, on n’a pas de cas signalés au niveau de Brest qui est la Grande Métropole de notre secteur. C’est différent au niveau de la capitale de la Bretagne. Il y a eu un … qui a mis à un moment donné la Bretagne en couleur un peu plus foncée. Mais là au niveau de la pointe de Bretagne, on est préservé et on espère que nous resterons préservés.

Journaliste : On le souhaite aussi. René, on enregistre ce podcast au lendemain de l’intervention du Chef de l’Etat qui a annoncé l’instauration d’un couvre-feu. Alors sur la région Parisienne et huit autres agglomérations, vous n’êtes évidemment pas concernés. Par contre, c’est le cas de votre fils parisien. Vous avez eu l’occasion d’échanger avec lui là-dessus ?

René : Oui, au point de vue boulot, ça ne change pratiquement rien pour lui, en dehors du fait qu’il va pouvoir sans doute bénéficier à nouveau d’une part de temps en télétravail. Pour les enfants, l’école normalement, avec les risques qu’il comprend, en respectant les mesures barrières dans les transports, etc. Pour l’instant, pour la vie quotidienne pour les Parisiens, même avec ces mesures qui ont été données hier, notre fils, son épouse et les enfants ne sortent pas tellement le soir, ni en semaine, ni en week-end. Mais c’est quand même une contrainte supplémentaire pour la vie des Parisiens en général, bien évidemment.

Journaliste : Alors à l’époque où l’on s’est parlé du fait du confinement, vous échangiez avec vos proches via skype ou WhatsApp. Vous faisiez même réviser à distance votre petit fils ses fables de la Fontaine. Depuis, j’imagine que vous avez eu l’occasion de revoir de visu votre famille.

René : Ecoutez, globalement l’été, ici à la pointe de la Bretagne, s’est bien passé à tout point de vue pour la famille, que ce soit nos Parisiens, notre ami de Grenoble, ou notre ami de Lausanne. Oui tout le monde est venu en Bretagne et a profité de la mer. Comme nos enfants et petits-enfants font beaucoup de sport de glisse, ils ont pu profiter à plein de la planche à voile et du surf.

Journaliste : Et la famille de votre épouse en Lorraine, c’était une région qui était durement éprouvée lors de la première vague de la pandémie, comment elle se porte ?

René : Comme nous sommes allés en Lorraine leur rendre visite, on a effectivement trouvé une famille et des familles autour de nous extrêmement éprouvées et marquées par tout ce qu’ils avaient vécu. Donc au niveau de la famille de mon épouse, il n’y a pas eu de deuil à déplorer pour raison de Covid19, mais au niveau du village familial, c’est un petit village à côté de Baccarat où il y a 200 habitants, il y a eu des cas et des décès dans ce village et dans l’Ehpad où se trouvaient donc deux personnes de la famille de mon épouse. Donc, ça a marqué. On a vu que la famille et les autres personnes ont été très marquées par cette phase très douloureuse et on ne peut qu’espérer qu’ils ne revivront pas cela.

Journaliste : Evidemment. A l’époque du confinement, vous occupiez vos journées à rédiger un journal « La gazette des communes », un journal qui permettait finalement en quelque sorte de maintenir le réseau social des seniors. Qu’est-ce qui est devenu ce journal ?

René : Et bien ce journal a bien fonctionné en termes de gazette de confinement. Puis, une gazette du déconfinement au moment où elle a été lancée. On a fait 5 numéros. On a produit une centaine de pages. Donc, ils sont diffusés en milliers d’exemplaires quand même pour chaque numéro.

Journaliste : Oui, ce n’est pas rien.

René : Voilà. Donc, ça a permis de faire travailler tout un ensemble de collègues et de donner de grains à moule de revenus si vous voulez. E c’est là qu’on comprend que le télétravail qui touche le monde du travail bien évidemment en priorité. Mais le télétravail s’est encore plus un peu mieux développé également au niveau du secteur associatif. Et ça c’est très encourageant parce que des seniors qui se mettent un peu mieux au numérique, c’est important pour leur vie privée. Parce qu’on se rend compte qu’un senior aujourd’hui qui n’a pas une pratique minimale du numérique se trouve très vite marginalisé, y compris au niveau de sa commune même s’il participe à des associations locales. Les associations locales ne fonctionnent plus que par numérique pour les convocations, pour les commandes, etc. Voilà.

Journaliste : De savoir que le virus circule à nouveau activement, est-ce que vous limitez à nouveau vos déplacements ? Est-ce que cela a une incidence à nouveau sur votre organisation ?

René : Alors oui. Avec mon épouse, on va redoubler de vigilance, bien évidemment. Oui, absolument !

Journaliste : A 77 ans, vous êtes toujours considéré comme une personne à risque évidemment par les autorités sanitaires. Ça vous inquiète aussi ?

René : Non, pas plus que ça dans la mesure où on respecte dans un cadre de verdure, dans un cadre de nature, de mer, de bord de mer, dans la mesure où on respecte les consignes, ça nous inquiète pour l’ensemble de la population si vous voulez. Mais dire que ça nous inquiète plus que ça à titre personnel, non. Il ne faut pas exagérer bien sûr. Toutes ces communications et ces chaînes d’informations en continu, etc. nous délivrent des messages qui ont un côté un peu angoissant, traumatisant, bien sûr. Mais non à titre personnel, il ne faut pas exagérer non plus. Il faut respecter, mais rester la tête froide sinon c’est foutu.

Journaliste : Est-ce que vous craigniez éventuellement un reconfinement ?

René : Je pense que les mesures qui ont été annoncées, si elles sont respectées, je pense que ça devrait quand même nous permettre d’enrayer la progression du virus et de franchir à certains cas. Il est évident que si un confinement total devrait à nouveau être mis en œuvre, cela aurait des incidences économiques bien sûr, mais psychologiques pour la population et pour les seniors. Voilà, bien sûr en particulier.

Journaliste : Puisque vous parlez d’incidence éventuellement économique évidemment, il y en a déjà et on peut déjà en mesurer, est-ce que vous avez des inquiétudes aussi pour vos enfants ou vos petits-enfants ?

René : Au niveau de Paris et de la région Parisienne, oui bien sûr. Ça ne peut pas être autrement. Je sais qu’ils respectent et qu’ils sont très vigilants, mais non on n’est jamais à l’abri de quoi que ce soit. Au départ, on se sentait tout à fait solide si je peux le dire. Donc, il faut … d’en garder. Pour ceux qui sont en Suisse, la Suisse vit à un rythme et à un régime différent. En Suisse, il suffit que le Gouvernement cantonal dise : « il faut faire ceci, il faut faire cela », il n’y a ni discussions, ni commentaires et tout le monde fait ce qui a été demandé. Voilà, on est dans une approche très différente de celle que nous pouvons connaître dans l’Hexagone.

Journaliste : René à 77 ans, vous paraissez toujours en bonne santé. Quand je vous écoute, vous êtes indépendant chez vous dans votre logement avec votre épouse. Pourquoi c’est important d’être indépendant chez vous ?

René : C’est toute notre vie ! On a travaillé toute notre vie pour avoir un pied à terre à nous. Vous savez les bretons, on est comme ça. Dès notre premier salaire, on commençait, je ne sais pas aujourd’hui pour les jeunes, mais on commençait à économiser dès le début de la carrière. Il fallait que j’économise pour pouvoir un jour avoir un pied à terre en Bretagne. Donc, le jour où on a la chance d’arriver à la retraite dans un état de santé satisfaisant, on ne peut qu’apprécier ce que l’on a préparé en amont. C’est une des caractéristiques des Bretons que de préparer en quelque sorte leur retraite souvent proche de la ville ou village où ils sont nés et où ils ont été scolarisés tout jeunes, etc. Pour la plupart, on n’arrive pas en venant de nulle part.

Journaliste : Lors de notre premier entretien, vous me disiez que votre jardin d’hiver dans votre maison, c’était votre pièce à vivre, que c’était là que vous vous retrouviez le plus souvent avec votre épouse. C’est toujours le cas ?

René : Oui, c’est toujours le cas, dans mon coin bureau et le jardin. Comme ça en même temps, j’ai une vue sur la mer d’un côté et sur la nature de l’autre. Il y a pire pour le confinement et le déconfinement.

Journaliste : Vous m’étonnez. Même en plein confinement vous m’avez indiqué que vous avez gardé l’habitude avec votre épouse de vous lever tôt le matin, à 6h30. A quoi ça ressemble aujourd’hui vos journées post-confinement ou vous êtes toujours hyper actif ?

René : Oui, ça ne change rien. Ma femme a également quelques activités associatives comme je vous l’avais dit. Mais pour moi au niveau de l’association dans laquelle je travaille aujourd’hui, c’est-à-dire la mémoire et le travail mémoriel au service des jeunes fédérations. Donc, on continue en télétravail. Ça me donne beaucoup de travail pour prévoir quand ça pourrait redémarrer. Mais on a mis en place pendant cet été des visites en présentiel sur rendez-vous avec des jeunes étudiants habillés en costume moyenâgeux souvent, et par groupe de 10. On faisait également des visites du mémorial national. On avait réalisé une formation de ces jeunes gens et en plus on a mis en place une visite virtuelle avec un programme QR Code pour que les touristes (quand le mémorial national était fermé), en sachant le QR code, puissent avoir la visite virtuelle de l’intérieur du Mémorial, mais aussi de l’environnement. Donc, on a trouvé des réponses en quelque sorte pour montrer aux gens, au public, aux visiteurs, aux touristes qu’on n’était pas mort.

Journaliste : Avec votre planning de ministre surchargé, vous trouvez quand même le temps avec votre épouse de marcher au bord de l’eau ?

René : Oui tout à fait. Ça nous avait été redonné. En période de confinement extrême, on ne pouvait même plus descendre jusqu’au bord de l’eau. Non là, il n’y a pas de souci. A nos âges, c’est très important de continuer au moins une heure de marche par jour comme disent les médecins et les spécialistes.

Journaliste : Au moment où nous enregistrons ce podcast René, vont bientôt débuter les vacances de la Toussaint. Vous avez vu parmi les recommandations aussi faites par le Chef de l’Etat, c’est de ne pas être plus de 6 dans une même maison. Est-ce que vous allez recevoir quand même en respectant la distanciation sociale vos proches ?

René : Oui et non, c’est-à-dire que nous ne recevrons que deux petits-enfants de Paris et en prenant toutes les dispositions parce qu’ils vont faire un stage pendant toute la semaine. Ils vont être là. Nous avons ici sur la presqu’île du Conquet une école de surf. Ils vont faire pour prendre l’air une très bonne activité nautique pendant cette semaine-là. Et nous, on ne recevra personne d’autre et nous prenons toutes les dispositions pratiquement avec mon épouse dès leur arrivée. On se met en quarantaine ou peut-être en quatorzaine. On prend les dispositions pour, mais quand même que nos petits-enfants parisiens puissent prendre un grand bol d’air dans les meilleures conditions possibles, dans le respect des consignes.

Journaliste : Pas de bisous, mais des check de loin comme font les jeunes ?

René : Ah oui, absolument avec le coude bien sûr.

Journaliste : Merci René. Je suis ravi d’avoir pu partager à nouveau ce moment avec vous. Merci d’avoir répondu à mes questions et bonne continuation.

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Témoignages recueillis par Jean-Baptiste Vennin