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"Mon Logement, Ma Vie", Episode 7

"Mon Logement, Ma Vie" Episode 7

Dans cet épisode, rencontre avec Thérèse, 76 ans. Elle vit avec son mari dans leur appartement de Bourgoin-Jallieu à 50 kilomètres de Lyon. 

Journaliste : Vous êtes au même titre que le reste de la population, confinée depuis plusieurs semaines.

Thérèse : Oui alors ça commence à me peser.

Journaliste : Alors comment ça se passe justement pour vous ?

Thérèse : Écoutez, je vais vous dire franchement. Mes enfants m’interdisent de sortir bien entendu. Je suis sortie l'autre jour avec un masque et des gants je me suis faite quand même disputer. J’ai 76 ans mais j’aimais bien prendre ma voiture pour aller dans les magasins. Et là ça devient important pour moi de pouvoir sortir et d’être libre. J’ai beau avoir 76 ans, j’ai un mari, mais mon mari est très malade et il est souvent au lit. Comme en ce moment il est couché et voilà je me retrouve seule.

Journaliste : Comment ça se passe, comment ça s'organise pour vous une journée type confinement du matin au midi jusqu'au soir ?

Thérèse : Levée à 9h et après le petit-déjeuner. Ma maison est propre donc je n’ai pas grand-chose à faire. Mon mari se lève déjeuner et il va se recoucher. A midi souvent on ne déjeune pas parce que l'on n'a pas envie de toujours manger les mêmes choses. Je passe ma journée sur mon canapé devant la télé. Je suis dans un appartement au troisième étage. Mon appartement est bien mais quand on fait l’appartement 2 ou 3 fois dans la journée aller-retour, on le connait c’est bon. J’ai une grande terrasse mais la terrasse ne donne pas sur une rue mais sur un chantier ; qui est arrêté pour le moment bien entendu. Mes journées sont très très longues. 

Journaliste : En dehors de la télévision est ce que vous faites d’autres choses ?

Thérèse : Pas trop. J’ai eu un AVC il n’y a pas longtemps. J’avais donc un kiné qui venait à la maison. Il me réapprenait à me servir de ma main droite et à marcher parce que je perds l'équilibre. Là il a arrêté ce qui est normal. Et quand on vous dit « faites des exercices » alors qu'on est seule et qu'on n’a pas le kiné qui vous dit « faites ci faites ça », c'est compliqué. Alors c'est vrai je ne le fais pas souvent. J’ai un vélo, il m'a dit de faire du vélo. Mais le fait de monter dessus, étant seule j’ai toujours peur en descendant de me casser quelque chose. Alors je ne fais pas grand-chose. 

Journaliste : Qu'est-ce qui est le plus compliqué pour vous pendant cette période finalement ?

Thérèse : Ce sont les journées qui me paraissent plus longues que d'habitude et de ne pas pouvoir aller faire des courses. Le temps me dure mais c'est vrai qu'on a toujours peur après ça de sortir et de se dire « on sait jamais ».

Journaliste :  Et du coup comment ça se passe pour l'organisation des courses alors ?

Thérèse : Ben c'est ma fille qui me les fait au drive. Après elle envoie ses enfants. Il y en a un qui habite près de chez moi donc il prend sa voiture et il me ramène tout sur le palier. Il me dit « Mamie ça y est tes courses sont là ». Donc je les rentre. Il faut les nettoyer, chose que je ne faisais pas avant mais qui est normale. Et lui il repart tout de suite alors de le voir ça me fait plaisir, mais de le voir partir aussi vite ça me fait mal au cœur.

Journaliste : Comment est-ce que vous vous organisez pour échanger avec vos proches maintenant du coup ?

Thérèse :  Téléphone et puis on a une tablette. On a internet, mon mari s’en occupe il sait faire mais moi je n’ai pas voulu apprendre. Je ne sais pas faire et je ne veux pas faire. On a une tablette, ils m'ont appris à faire Messenger pour que je puisse les voir. Ma fille me téléphone 5 à 6 fois par jour, il n’y a pas de problème. Mais de ne pas les voir ça me pèse beaucoup. 

Journaliste : La promiscuité aussi que vous pouvez avoir du coup avec votre conjoint, c'est une petite question taquine hein que je vous pose là …

Thérèse : Très difficile !

Journaliste : Très difficile ?

Thérèse : Oui parce que moi je voudrai quand même que quand je me lève il se lève et qu'on passe la journée ensemble. Avoir au moins quelqu'un à côté de moi. Il me dit « je suis à côté ». Il est à côté mais dans une autre pièce et il est couché c’est tout. Avant je sortais souvent seule parce que lui il n’aime pas les magasins. Il n’a jamais bien aimé même pas à Lyon. Mais voilà levé de son côté et moi du miens. Ça commence à faire long, je lui dis tous les matins mais il ne m’écoute pas. 

Journaliste : Finalement c'est la solitude qui vous pèse un peu ?

Thérèse : Ah oui, beaucoup beaucoup beaucoup ! Mais rien que quand je sortais, j'allais dans les magasins, on parle un petit peu, boucher, machin et tout. Voilà je sortais je me sentais libre. Je prends ma voiture, je reviens. Je suis contente, j’ai vu du monde, voilà. Je suis comme ça, j'ai toujours été comme ça. Ce n'était pas du tout pareil, voilà ça me manque.

Journaliste : Vous n'êtes pas casanière ?

Thérèse : Non, non. On n'est que 2 donc le ménage c’est vite fait. J’avais une auxiliaire de vie qui ne peut plus venir bon on arrive quand même à entretenir. Et puis voilà, j’ai toujours été comme ça. Le matin le quartier et puis l'après-midi même à Lyon j'allais me promener. J'allais à La Pardieu voilà. C’était déjà plus grand à Lyon qu’à Bourgouin.

Journaliste : Oui j’imagine. Du coup est-ce que vous pensez à l'après confinement ?

Thérèse : J’y pense tout en ayant l'appréhension de ressortir vraiment. Mais j’y pense, je regarde mon truc et je me dis mais ça ne passe pas. Ils ont parlé du 3, ils ont parlé du 15 puis 11 mai. Mais je ne sortirai certainement pas le premier jour parce que je vais me faire engueuler par mes enfants. J’ai mon petit-fils qui n’habite pas très loin là et donc pour Pâques il a vu que je n'étais pas très bien et que mon moral baissait. Alors il m'a dit « mamie met ton masque ». Il m'a téléphoné et puis on est partis, il a tenu 100 mètres de distance. On s'es promenés dans la rue piétonne, on est allés à l’église Saint Pierre. Ça m’a fait un bien fou. Après il m'a raccompagné en bas puis il est parti chez lui. Et moi je suis rentrée. Ça m'a fait du bien, voilà !

Journaliste : Vous étiez heureuse !

Thérèse : Ah oui, très ! Et puis mes petits-enfants quand ils viennent m’amener des commissions qu’ils prennent au drive, je ne les vois pas longtemps et je les vois sur le palier. Ce n’est pas grand-chose, je ne peux pas les embrasser ni rien mais je suis contente de les avoir vus. Quand ils partent ça me fait encore plus mal mais je les ai vus.

Journaliste : Au regard de vos ennuis de santé à vous et votre mari est-ce que selon vous êtes mieux chez vous que dans un établissement on va dire spécialisé ?

Thérèse : Oui, oui ! Grâce à Dieu pour le moment on peut encore rester tous les deux. Mais moi j’ai des sœurs qui sont en maison de retraite, qui sont plus âgées que moi. Ça me fait un mal fou parce qu’on ne peut plus aller les voir. Ma sœur a l’Alzheimer donc elle ne veut pas s’alimenter. Elle est au lit toute la journée, elle ne veut plus manger, elle ne boit plus. Mon beau-frère a déménagé pour être à côté d'elle et d'un coup ça lui est arrivé « vous ne pouvez plus venir voir votre femme ». Ça doit être affreux. Moi je ne peux pas aller la voir parce que je suis comme les autres je n’ai pas le droit de sortir. Je suis contente d’être chez moi.

Journaliste : Thérèse je vais vous remercier d'avoir gentiment répondu à ces questions.

Thérèse :  D'accord !

Journaliste : Je vais vous souhaiter une bonne continuation, la santé. 

Thérèse : Merci beaucoup ! 

Retrouvez le podcast "Mon Logement, Ma Vie" par Indépendance Royale sur toutes les plateformes de podcasts :

Spotify : https://open.spotify.com/show/5B53Kt9KVbRocxyB87UJlH

Deezer : https://www.deezer.com/fr/show/1157212

Podcast Addict : https://podcast.ausha.co/mon-logement-ma-vie/

Apple podcasts : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/mon-logement-ma-vie/id1510535949

Tune in : https://tunein.com/podcasts/Health--Wellness-Podcasts/Mon-logement-ma-vie-p1320021/

Témoignages recueillis par Jean-Baptiste Vennin

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