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"Mon Logement, Ma Vie" Episode 20

"Mon Logement, Ma Vie" Episode 20

Dans "Mon Logement, Ma Vie", les seniors ont la parole ! Dans cet épisode, rencontre avec René, 77 ans. Il vit avec son épouse sur la commune de Le Conquet, dans le Finistère. Malgré le confinement, tous les deux sont restés très actifs dans le milieu associatif. 

René : Ecoutez.  Je suis engagé dans l’associatif local, donc avec d’autres seniors et là on essaie de maintenir notre réseau de seniors. On a créé une gazette que l’on a baptisé « la gazette des confinés ». Voilà ! Mais j’ai énormément de relations avec mes enfants qui sont à Paris, qui sont à Grenoble et à Lausanne en Suisse. Donc, nous faisons beaucoup d’échanges plus que d’habitude, de téléphone, de skype, d’internet, voilà. Mon épouse est de Lorraine et moi je suis breton. La situation à Lorraine étant ce qu’elle est, elle donne quand même du côté de sa famille à elle beaucoup de soucis et beaucoup d’inquiétude puisque plusieurs membres de sa famille sont en EHPAD et l'EHPAD est touché par le virus. 

Journaliste : Vous me disiez donc que vous aviez lancé « la gazette des confinés », alors justement je rebondis un petit peu là-dessus, c’est quoi ?

René : Nous avons ici à la pointe extrême de la Bretagne, un mémorial national, à la mémoire des marins morts pour la France. Morts pour la France à l’occasion des différents conflits essentiellement mais aussi morts pour la France dans le cadre du service commandé. Nous rendons hommage aux marins des différentes marines puisque bien sûr dans les conflits armés de la France,  la marine nationale était engagée, mais la marine de commerce était un appui également à la demande des gouvernements successifs de cette époque-là. La marine de commerce participait donc directement à l’effort de guerre comme la marine de pêche qui participait à sa manière pour nourrir l’arrière. Et aujourd’hui nous célébrons également dans ce mémorial national, les sauveteurs en mer puisque les sauveteurs de SNSM laissent du monde au fond de l’eau et ce sont des bénévoles qui portent secours à des gens qui bien souvent font des imprudences. Voilà ! Donc c'est un réseau évidemment où il y a à la fois beaucoup d’anciens des différentes marines mais mon humble du réseau de la pédagogie. J’ai passé ma vie à former à travers le monde des enseignants, des cadres, des systèmes éducatifs, j'ai été expert auprès de l’UNESCO et ceci dans le cadre de l’Unesco qui aide les pays en émergence qui ont à former et à mettre en place des nouveaux systèmes éducatifs. Donc j’apporte dans cette association une dimension pédagogique puisqu’aujourd’hui tout le travail de mémoire qu’on voyait est de plus en plus je dirais mis en œuvre dans les programmes scolaires, les devoirs de mémoire ou le travail de mémorial et de très longue date dans les programmes. Mais je crois que depuis les attentats de Paris en particulier, les enseignants, les adultes, etc. ont pris conscience que ça pouvait ne pas arriver qu’aux autres. Donc nous accueillons dans ce mémorial national régulièrement beaucoup de jeunes avec leurs enseignants, avec leurs animateurs. Donc il y avait un travail de pédagogie, de documents pédagogiques, d’outils pédagogiques à fabriquer et à présenter. Donc voilà c’est dont je m’occupe. Dans le domaine des seniors si vous voulez, on se dit que dans cette période il ne faut pas perdre contact avec ceux qui se trouvent isoler. D’où l’intérêt de cette gazette en demandant aux uns aux autres, hommes et femmes d’écrire quelques papiers sur la manière dont ils vivent chez eux.

Journaliste : Et qu’est-ce qu’ils vous disent de manière générale ?

René : Alors nous avons la chance de se situer à la pointe de la Bretagne puisque là on demande évidemment plus particulièrement aux bénévoles qui sont donc actifs et engagés si vous voulez dans l’animation du mémorial national. Donc nous sommes à la pointe de la Bretagne, beaucoup ont en fait des maisons individuelles avec des jardins plus ou moins grands. Donc c’est déjà des jardins qui n’ont jamais été aussi propres, aussi bien nettoyés, aussi bien chouchoutés depuis des années. Alors c’est le premier point. Deuxième activité, chacun se guide il y a tout un tas de chose que je n’ai pas eu le temps de faire. Il faut que je le fasse, donc beaucoup de bricolage. Troisième chose, chacun se dit "Le virus ça me fait réfléchir sur ma vie, ça me fait réfléchir sur mes engagements, ça me fait réfléchir sur ma finitude en quelques sortes". Et donc beaucoup rangent les archives. Mais voilà dans la bonne humeur et avec beaucoup de philosophie positive, de réaction positive. 

Journaliste : Oui

René : Donc des réalisateurs qui ont des plans de travail, de réunion, etc. assez étouffés.  

Journaliste : Alors vous avez parlé donc des témoignages que vous pouviez recevoir. Aujourd’hui donc on va recevoir nous votre témoignage. Comment est-ce que vous pourriez nous décrire une journée type confinement vous concernant du matin jusqu’au soir ?

René : Avec mon épouse nous nous levons à 6h30 le matin et on n’a pas changé nos habitudes. Le dimanche, nous faisons la grasse matinée jusqu’à 6h45, voilà ! Le temps de déjeuner, j’ai un abonnement numérique à Ouest France. Donc je passe un moment sur le journal du jour à Ouest France presqu’une heure voilà ! Je mets mon ordinateur en route et je l’arrête à 22h, le soir. Ça ne veut pas dire que je suis tout le temps devant l’ordinateur puisque je vous le disais comme pour les seniors de notre équipe, de notre groupe, de notre réseau. Mais il y a aussi du travail dans le jardin, il y a aussi du travail à la maison, donc voilà ! Donc c’est de l’ordinateur par alternance pour réaliser en particulier toute la mise en page, lancer, relancer ceux qui doivent écrire, etc. tout ce travail de réseau par téléphone, par numérique. Voilà ! Donc, ça fait une grosse activité.

Journaliste : Vous parlez donc d’échanges par réseau justement avec votre famille, vos proches, votre voisinage, comment est-ce que vous faites pour échanger ?

René : Par Skype de temps en temps, beaucoup plus par WhatsApp parce que c’est tellement pratique avec les enfants, les petits-enfants. Et puis, on gardait le contact avec les petits enfants. Comme l’autre jour, j’ai fait travailler mon petit fils qui a 14 ans, qui est à Lausanne. Je l’ai fait travailler sur la fable de la Fontaine, "les animaux malades de la pêche. Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés" voilà ! Donc pour maintenir et pour trouver avec les petits enfants en particulier des accroches par rapport à la nature et aux fleurs dans le jardin par rapport pour eux, pour qu’ils réagissent de leur côté, vous voyez ?

Journaliste : Oui, et vous échangez régulièrement avec vos proches plusieurs fois dans la semaine ? 

René : Ah oui, par WhatsApp c’est pratiquement tous les jours et on n’entend que les autres seniors avec qui on est plus en contact téléphonique, beaucoup beaucoup plus tous au téléphone, sur WhatsApp, sur Skype, voilà. C’est là qu’on se rencontre que le numérique et bien entré et bien utilisé par les seniors, y compris je dirais presque le quatrième âge.
 
Journaliste : Comment est-ce que vous organisez pour les courses, la cuisine ?

René : Je vais tout seul au marché. Mon épouse ne sort pas. Donc je vais au marché une fois par semaine et nous avons un Intermarché là, à deux pas de chez nous. On a un petit spar également à côté de la mairie. Donc on a ce qu’il faut. On met le masque et on y va sans problème. Donc on ne manque absolument de rien et ici les pêcheurs ont très rapidement repris en fonction des marées. Leur pêche part directement pour Paris, pour les grandes criées et la criée, puis Paris mais il y a de la vente sur le quai. Donc on n’a aucun problème d’approvisionnement, de quoi que ce soit.
 
Journaliste : René, qu’est-ce qui vous manque le plus dans cette période de confinement ?

René : Ce sont les relations avec la famille, donc c’est vraiment les relations familiales. 

Journaliste : Et si vous deviez à l’inverse retenir quelque chose de plusieurs choses de positives de cette période, qu’est-ce que vous pourriez dire ?


René : Dans l’esprit de ce que je vous disais avant, c’est cette proportion des gens à s’interroger sur leur propre vie, sur leur propre distance, sur leurs engagements, sur ce temps de vie qui nous reste à nous senior en se disant comment on pourrait vivre ce temps-là, moins mal, un peu mieux, un peu plus peut-être en relation avec les autres. Donc on redécouvre pour l’environnement immédiat des seniors que l’on rencontre au quotidien. On redécouvre peut-être des valeurs, de l’importance de ces relations de proximité parce que les autres comme nous ont souvent de la famille au loin, pas à la Pointe de la Bretagne. Donc ces relations à l’intérieur même des groupes des seniors sont extrêmement importantes, vous voyez ! Mon épouse anime un club d’orthographe qui ne fonctionne pas en ce moment. La majorité des participants ont entre 70 et 80 ans. C’est un travail curatif qu’elle fait pour maintenir, pour aider les gens, des personnes qui sont seules, veuves très souvent en ce qui concerne les femmes et qui ont besoin de sortir, qui ont besoin de rencontrer y compris physiquement des gens à groupe et l’orthographe pour ces dames qui ont appris l’orthographe de manière assez exceptionnel quand elles étaient jeunes, petites, etc. Ça reste une passion et donc c’est l’occasion de se rencontrer, de se retrouver, d’échanger, de partager et de se dire « on n’est pas seuls ». Et mon épouse passe beaucoup de temps au téléphone pour maintenir également son réseau au niveau de ce club orthographe qui fonctionne dans le cadre des associations de la mairie où j’habite. 

Journaliste : Est-ce qu’il y a une pièce dans votre logement où vous êtes le plus souvent tous les deux ?

René : C’est-à-dire qu’on a eu la chance de construire dans la maison que l’on avait acheté un jardin d’hiver qui donne sur la mer d’à côté et qui donne sur une pelouse de l’autre côté. Donc, on est dans cette pièce-là, mon épouse avec son ordinateur aussi et moi avec mon coin bureau ordinateur. La maison est grande mais c’est surtout dans ce jardin d’hiver que l’on vit au quotidien et là avec le printemps et les beaux jours c’est un plaisir.  

Journaliste : Alors quand je vous écoute, quand vous me parlez de vous, quand vous me parlez de votre épouse on y voit donc un couple qui est très indépendant, qui est très hyperactif aussi. Est-ce que justement cette indépendance qui vous caractérise tous les deux, elle est encore plus importante pendant cette période parce que vous êtes confinés chez vous ?

René :  Je crois que c'est quelque chose d’important que vous dites parce que en période de confinement il ne faut pas s’aider l’un l’autre à longueur de temps, à longueur de journée, sinon ça risque d’exploser. Oui bien sûr, il faut aussi savoir garder une certaine distance y compris lorsqu’on est confiné en famille et que l’on a la chance à la fois d'être dans des volumes de confinement qui le permettent.

Journaliste : René, est-ce que vous pensiez à l’après confinement ?

René : Oui bien sûr, et pour nous il y a déjà la période de l’été. Est-ce que nos petits-enfants surtout ceux qui sont en Suisse pourront revenir un peu en Bretagne pour profiter de la mer, de l’air marin ? Sur le plan familial, est-ce que nous pourrons aller vers la Lorraine pour voir la famille qui aurait été éprouvée pendant cette pandémie ? Donc ça c’est la période de l’été. Et bien sûr nous nous posons le problème de la rentrée de septembre. Comment on pourra la gérer avec des personnes de petits restaurants, le public fragile même à la rentrée de septembre. Pour septembre comme disent les spécialistes du monde de la santé que tout ne sera pas réglé loin de là en septembre et qu’il faudra continuer à avoir cette sécurité, ces gestes barrières en quelques sortes très certainement. Donc c’est notre inquiétude !

Journaliste :  Alors justement vous parliez d’inquiétude on est pratiquement tous d’accord pour dire finalement que le jour d’après, celui qui va venir ne sera pas le même que celui d’avant. Est-ce que vous avez justement des craintes mais plus pour vos familles, vos proches, vos enfants, vos petits-enfants ?

René : Pour les jeunes générations, je vois les réactions au niveau de nos Parisiens. Les écoles reprennent progressivement. Ça se remet en route, le travail, le télétravail. Nos fils sont des cadres et sont ingénieurs dans les travaux publics pour l’un, dans les bureaux d’étude en télétravail et ça va se poursuivre en grande partie pas exclusivement. Notre fils qui est à Grenoble est dans les nouvelles technologies étant également en télétravail. Donc ça va se poursuivre. Donc, il n’y a pas d’inquiétude pour les jeunes générations, moins d’inquiétude que pour les générations plus âgées. 

Journaliste : Oui et ce sera ma dernière question et après je vais « vous rendre votre liberté ! ». Est-ce que vous savez déjà ce que vous ferrez que vous ne faisiez plus dès que vous aurez l’autorisation de reprendre une activité on va dire normale ?

René :  Oui, marcher sur le bord de l’eau, retrouver plage et certaines parties de notre ADN, les bretons. Donc, on voit la mer de loin, loin de mon ordinateur  mais ce n’est pas suffisant, voilà. Donc la marche pour nous au bord de l’eau nous avons la chance d’avoir une vue sur toutes nos falaises environnantes, sur des sentiers qui sont actuellement entretenus par la communauté de commune. Sur notre communauté de commune, nous avons 600 km de VR donc avec des paysages magnifiques. Donc voilà c’est d’abord ça qui me permettra de me ressourcer !

Journaliste : Merci à René de nous avoir accordé de son temps pour répondre à cette interview. 

Retrouvez le podcast "Mon Logement, Ma Vie" par Indépendance Royale sur toutes les plateformes de podcasts :

Spotify : https://open.spotify.com/show/5B53Kt9KVbRocxyB87UJlH

Deezer : https://www.deezer.com/fr/show/1157212

Podcast Addict : https://podcast.ausha.co/mon-logement-ma-vie/

Apple podcasts : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/mon-logement-ma-vie/id1510535949

Tune in : https://tunein.com/podcasts/Health--Wellness-Podcasts/Mon-logement-ma-vie-p1320021/

Témoignages recueillis par Jean-Baptiste Vennin

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