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"Mon Logement, Ma Vie" Episode 17

"Mon Logement, Ma Vie" Episode 17

Dans "Mon Logement, Ma Vie", les seniors ont la parole ! Dans cet épisode, rencontre Marie Madeleine, 81 ans. Elle vit avec son époux à Caudrot, à une cinquantaine de kilomètres de Bordeaux. 

Journaliste : Bonjour Marie Madeleine. Merci de m’offrir un peu de temps pour répondre à mes questions. Comment cela se passe pour vous cette période pas comme les autres ? 

Marie Madeleine : Bah écoutez, ça ne peut pas mieux se passer. Ça se passe très très bien. Comme nous sommes très bien installés maintenant. On a été très vite installés. On a été très fatigués. Maintenant, on se relaxe dans cette maison qui nous offre enfin un bel espace. C’est facile à entretenir. En plus, on a un petit jardin de 80m². Ce qui est tout à fait suffisant maintenant. On a organisé notre vie en se ménageant beaucoup. Déjà, mon mari ne sort pas, parce qu’il a des pathologies chroniques. C’est un malade à risque. Donc, interdiction de sortir. Alors que c’était lui qui faisait toutes les courses dans le passé. Voilà, mais avec beaucoup de sérieux, il sait que c’est pour son bien. Donc, nous avons un rythme de vie qui est tout à fait confortable. On se lève vers 7h30-8h. On déjeune et on joue. On a toujours beaucoup joué, mais de plus en plus maintenant. 

Journaliste : Vous jouez à quoi ?

Marie Madeleine : En ce moment, on joue au Scrabble ou au Yams. Mais dans la journée, on fait d’autres jeux aussi, comme le Baccalauréat. Je ne sais pas si vous connaissez ?

Journaliste : Si, j’ai déjà joué au petit bac, bien sûr.

Marie Madeleine : Oh la la, qu’est-ce qu’on peut jouer ! Je peux vous dire que même la nuit, on se réveille. On cherche des mots. Même quand on ne dort pas la nuit, on se lève et on joue. Voilà. C’est mon mari qui fait la cuisine. Moi, je fais un petit peu le ménage. On n’a personne pour nous aider. On a eu quelqu’un, mais avec le confinement, elle ne vient plus. On s’en sort très bien. On se partage les tâches. Comment dirai-je ? Le confinement, on le vit très très bien. Bien sûr, on ne voit pas nos petits-enfants, puisque ma petite-fille est à Saint-Ouen et mon petit-fils est à Compiègne. Et c’est ce qui me manque le plus finalement, parce qu’ils avaient l’habitude de venir en vacances. Là, mon petit-fils, qui travaille à l’hôpital, son épouse devait venir en février. Mais, c’est à Compiègne qu’il y a eu le premier cas. Donc, ils sont obligés de prendre leurs vacances sans pouvoir sortir de Compiègne. Alors, ça a été une déception. 

Journaliste : C’est ce qui vous manque le plus ? 

Marie Madeleine : Oui. Bien sûr, on n’a qu’eux. Et puis eux, ils n’ont que nous, parce que ma petite-fille est orpheline. Ils me manquent. Ce n’est pas facile. Ils n’ont plus que nous.

Journaliste : Comment vous faites pour échanger avec eux ?

Marie Madeleine : Le téléphone. On nous a cambriolé en 2007 et on nous a pris notre ordinateur. Depuis, je n’ai plus voulu en racheter. Je crois que je vais être obligée de m'y remettre pour avoir au moins skype pour les voir. Ma petite-fille me téléphone tous les jours. Moi, je communique avec mes amis par téléphone aussi. Ça nous convient.

Journaliste : Vous me disiez tout à l’heure que votre mari faisait la cuisine. Comment vous vous organisez pour les courses ? 

Marie Madeleine : Bah, je sors une fois par semaine. Nous avons une supérette, mais je n’y vais plus, parce que je trouve qu’il n’y a pas les mesures de confinement suffisantes. Alors, je vais un peu plus loin, à 3 ou 4 km, dans un Intermarché une fois par semaine. Et, je vais à la boulangerie qui est à deux minutes de chez moi. Je longe le trottoir. Je traverse la route. C’est un boulanger qui a ouvert au mois de février. J’y vais deux fois par semaine. Voilà, on est très organisés. Ça nous suffit. Ce qui me manque le plus, c’est de ne pas pouvoir acheter des fleurs pour ensemencer mon jardin. Mais, ça nous convient tout à fait. Je trouve qu’on mange mieux, qu’on s’organise mieux, qu’on ne gaspille pas et qu’on fait des économies. 

Journaliste : J’ai l’impression que vous êtes tout le temps optimiste. C’est cela qui est bien quand on vous écoute. 

Marie Madeleine : Oui, je suis très optimiste. Je suis d’un tempérament optimiste. Et mon mari, malgré toutes ses pathologies – croyez-moi, il n’est pas gâté – il reste toujours très optimiste. On continue à faire les soins qu’il doit avoir, les rendez-vous (même si c’est par téléphone). Mais, on continue à être très suivis, surtout lui. Il vit très bien ses pathologies. Il est très courageux. Il ne se plaint jamais. 

Journaliste : Est-ce que le fait de vivre 24h/24 avec votre mari – parce que vous êtes confinés – n’est pas trop difficile à gérer ? 

Marie Madeleine : Ecoutez, la promiscuité… Je vais vous dire l’espace que nous avons … De la porte d’entrée à notre cuisine, nous avons 32 mètres. Nous avons un salon. C’est la première pièce de 28m², une salle à manger de 38m², un patio de 30m². Dans ce patio, nous avons depuis peu un baby-foot. 

Journaliste : Ah oui ?

Marie Madeleine : Oui, on joue au baby. Croyez-moi, ça nous fait énormément de bien aux poignets pour l’arthrose. Je suis une véritable catastrophe. On passe de bons moments. On rit, on s’amuse. 

Journaliste : Du coup, si jamais vous êtes fâchés, vous pouvez bouder tranquillement dans votre coin, parce que c’est assez grand ?

Marie Madeleine : On pourrait, mais on ne se fâche pas. On ne se fâche plus. On se dit quasiment des mots doux. Ça se passe très bien. On a un vocabulaire très élaboré pour cela. Vous savez comment il m’appelle ?

Journaliste : Non, dites-moi

Marie Madeleine : Vieille chouette. Et moi, je l’appelle « vieux bouc ». Alors, quand on regarde la définition de vieille chouette, je ne suis pas assez d’accord. Cela veut dire vieille personne méchante. Et je ne crois pas être méchante. Alors, ça me fait rire. Autrement, il m’appelle « libellule ».

Journaliste : Ah, c’est plus joli déjà. 

Marie Madeleine : C’est plus joli, oui. On est très ludique, mais très gamine aussi. Moi, je suis une éternelle gamine. J’ai une âme d’enfant. 

Journaliste : Mais, ça fait du bien. C’est bien. C’est peut-être plus facile d’avoir cette mentalité, notamment pendant cette période. 

Marie Madeleine : Mais, oui. Je n’y peux rien. Je suis née comme ça.
 
Journaliste : Tant mieux pour vous.

Marie Madeleine : J’ai beaucoup de chance. Finalement, on se rend compte qu’on déteint l’un sur l’autre. Mais, la promiscuité, comme vous le dites, on n’est pas l’un sur l’autre. On a un salon d’angle. Mon mari est à un bout, et moi à l’autre. On respecte la distanciation. 

Journaliste : Vous me disiez tout à l’heure Marie Madeleine que vous aviez déménagés il y a peu de temps et que ça vous avait quand même chamboulé. C’est normal. Qui ne le serait pas à cet âge-là. 

Marie Madeleine : Ah la la. Les gens n’en revenaient pas qu’on ait pu faire ça. On a déménagé le vendredi 13 décembre sous la tempête. Une semaine après, je n’avais plus un carton. Tout était rangé. Il faut le faire, hein ! Les gens à qui nous avons vendu notre maison à Saint-André-du-Bois n’ont pas encore défait leurs cartons à l’heure actuelle. Et ce sont des jeunes. 

Journaliste : Vous n’avez pas mis trop longtemps à vous en remettre malgré tout ?

Marie Madeleine : On est un peu fatigués. C’est pour cela que maintenant, le confinement nous permet de nous relaxer, de nous reposer, de faire les choses quand on en a envie.

Journaliste : Marie Madeleine, quand on vous entend, et d’ailleurs dans tout ce que vous me décrivez, vous êtes une personne qui est complètement autonome. Pourquoi est-ce que c’est important justement cette autonomie, notamment dans cette période, et aussi d’être chez vous plutôt que dans un établissement spécialisé ? 

Marie Madeleine : Le fait d’être autonome, c’est pouvoir vivre notre vie plus intensément. Puis, se retrouver à nos âges encore ensemble et pouvoir faire tout ce qu’on fait sans avoir besoin d’aide, c’est extraordinaire. A l’heure actuelle, c’est primordial, parce que quand on voit ce qui se passe dans les EHPAD et tout ça, on a de la chance d’être à l’abri chez nous. Mais oui. On a cette chance là. C’est une chance à l’heure actuelle.

Journaliste : Marie Madeleine, est-ce que vous pensez un petit peu à l’après confinement ?

Marie Madeleine : Mais, oui. Absolument. Si je suis sereine là, je peux vous dire que le déconfinement m’interpelle, parce que déjà le fait que ce soit sectorisé… Quand je pense à mes petits-enfants qui sont en zone rouge. Et je ne suis pas sûre, parce qu’ils ont des vacances en juin. Ils espèrent pouvoir enfin venir nous voir. On ne les a pas vus depuis le mois d’octobre. Je ne sais pas si ça va être possible. Ma petite-fille est à Saint-Ouen, à Paris. Elle aussi, je ne sais pas si elle pourra venir. Puis, sans parler que de nous, je trouve que ça m’interpelle. Ça m’inquiète aussi parce que je me dis : est-ce que les gens ne vont pas se relâcher ? On n’est pas toujours très disciplinés. Il y a des gens qui ne comprennent pas et qui font n’importe quoi. On le sait. Tous ceux qui sont partis dans leur résidence secondaire alors qu’ils n’avaient pas le droit. Ces égoïstes qui n’ont pensé qu’à eux… tout ça m’interpelle. Puis, il y a l’après aussi. Je sais que ça va être long, qu’il va falloir deux ou trois ans avant que tout reparte. Moi, j’ai le souvenir. J’ai vécu la dernière guerre. J’étais petite. J’avais 6-7 ans. Je sais qu’en 1947, on avait encore des tickets de rationnements. Je pense que ce ne sera pas le cas-là, mais ça va être très difficile. Ça m’interpelle, pas pour nous, mais pour toutes ces générations qui vont avoir besoin du temps à retrouver une vie sereine.

Journaliste : Vous avez des craintes pour vos petits-enfants ?

Marie Madeleine : Bien sûr. J’en ai pour mes petits-enfants. Tous les deux travaillent auprès des malades. Ils ont eu tous les deux le Covid. Benjamin est encore à l’arrêt là. Son épouse a pu reprendre son travail. Il est asymptomatique. Au début, on lui a dit de venir travailler jusqu’au jour où il a été épuisé. Mais il est très courageux. Puis, pour ces jeunes, ça va être très dur pour eux. On n’a jamais vu ça. J’essaie de reprendre l’histoire. Jamais pendant les guerres, on n’a été confinés. Au moment de la peste, du choléra, et tout ça, ce sont les gens qui ont été isolés. Mais, les autres pouvaient circuler dans les rues. On n’a jamais vécu ça. Il n’y a aucun cas dans l’histoire où le monde a été confiné comme ça. Mais, il fallait quand même qu’il se passe quelque chose. On avait besoin d’une remise en question. Je souhaite, et j’en suis même persuadée, qu’avec du temps, tout va redémarrer, qu’il y aura moins de chômage, qu’il y aura beaucoup plus d’industries, on délocalisera moins. Si cela ne se passe pas, c’est qu’on a rien compris. J’ai l’espoir que tout ça, avec le temps, va redémarrer. Ça sera, certes, différent, mais ça sera du positif pour les jeunes générations.

Journaliste : Et c’est évidemment ce que l’on vous souhaite !
 

Retrouvez le podcast "Mon Logement, Ma Vie" par Indépendance Royale sur toutes les plateformes de podcasts :

Spotify : https://open.spotify.com/show/5B53Kt9KVbRocxyB87UJlH

Deezer : https://www.deezer.com/fr/show/1157212

Podcast Addict : https://podcast.ausha.co/mon-logement-ma-vie/

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Tune in : https://tunein.com/podcasts/Health--Wellness-Podcasts/Mon-logement-ma-vie-p1320021/

Témoignages recueillis par Jean-Baptiste Vennin

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