Entretien avec Luc Broussy, président de France Silver économie, fondateur du Think Tank Matières grises, directeur du groupe EHPA Presse-Conseil-Formation

Entretien avec Luc Broussy, président de France Silver économie, fondateur du Think Tank Matières grises, directeur du groupe EHPA Presse-Conseil-Formation

Question : Votre rapport « Nous vieillirons ensemble » a été remis au gouvernement le 26 mai 2021. Vous y avez détaillé 80 propositions concrètes pour penser la question du vieillissement dans son ensemble. Plus d’un an et demi après, où en est-on ?

Luc Broussy : Vous savez un Rapport de ce genre a deux fonctions. Premièrement il a pour vocation à irriguer le débat public afin que chaque acteur s’approprie les enjeux du vieillissement de la population. Il permet ainsi de mettre en mouvement les acteurs concernés, de les faire dialoguer et agir. En second lieu, il s’adresse aux pouvoirs publics en proposant des évolutions sur le plan législatif ou règlementaire. Sur le premier point je suis satisfait parce que ce Rapport a donné lieu à de nombreux échanges et a alimenté le débat. Sur le reste, je suis heureux aussi de voir des mesures reprises par le Gouvernement. J’en cite deux : d’abord la reprise de Ma Prime Adapt, l’aide à l’adaptation du logement des seniors, dont le Gouvernement a annoncé l’entrée en vigueur le 1er janvier 2024 ; ensuite l’apparition dans les dispositifs Action Cœur de Ville et Petites Villes de Demain la question du vieillissement ce qui permettra de financer des opérations d’investissement dans les communes.

 

Q : Selon vous, la prise de conscience s’ancre désormais dans les esprits ?

L.B : Mon premier rapport interministériel date de 2013. Je peux donc mesurer les avancées réalisées en 10 ans. Oui les élus locaux ou les bailleurs sociaux par exemple sont bien plus conscients des problèmes que posent le vieillissement qu’il y a 10 ans. Les élus parce qu’ils sont confrontés aux habitants ; les bailleurs sociaux parce qu’ils doivent faire face à un vieillissement accéléré de leurs locataires.
Mais vieillir chez soi nécessite que les seniors eux-mêmes soient en capacité d’anticiper. Aujourd’hui en moyenne les personnes attendent l’âge de 84 ans pour adapter leur logement : c’est beaucoup trop tardif. Cette réflexion doit s’engager à partir de 70-75 ans. L’entrée en vigueur de Ma Prime Adapt’ doit faire l’effet d’un levier culturel pour que désormais tous les français se posent les bonnes questions au bon moment.

 

Q : Est-ce qu’il n’y a pas quand même un défaut d’engagement des politiques publiques, et d’autre part fait-on mieux ailleurs en Europe ?
L.B : Chaque pays a son histoire et il n’y a pas de pays « idéal » sur le sujet. On cite toujours comme modèle les pays scandinaves mais ces pays comptent nettement moins d’habitants que la France.
En France quoi qu’en disent les médias nos Ehpad sont de haute tenue par rapport au reste de l’Europe. En revanche en matière d’adaptation des logements, la Grande-Bretagne a pris des mesures ambitieuses dès 2008. Et dans le domaine des solutions alternatives aux Ehpad, le Danemark est en avance.
Il nous faut désormais sortir du seul prisme médico-social. La filière Silver Economie que je préside passe son temps à encourager les approches transversales pour que entreprises, collectivités locales et institutions agissent de concert.

 

Q : Est-ce que ce n’est pas cette approche qui pêche au niveau des pouvoirs publics ?
L.B : Ce qui pêche au plan national c’est cette capacité en effet à appréhender la question du vieillissement de manière holistique. J’ai proposé la création d’une Conférence nationale interministérielle pour la transition démographique comme il en existe une pour le handicap afin que les différents ministères concernés (santé, autonomie, logement, économie, transports, territoires…) agissent de concert.