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L'Opinion Tribune

Transition écologique, transition démographique, condition féminine : la convergence des luttes ?

La transition écologique dépend dans une large mesure des enjeux démographiques, eux-mêmes conditionnés par la condition féminine dans les pays en voie de développement. Une course contre la montre planétaire est en cours. La grande transition démographique est en train de changer le monde : dans nombre de pays, non seulement la population vieillit, mais elle a commencé à diminuer, avec des impacts positifs sur l’environnement. Dans d’autres, tout dépendra des évolutions sociétales vis-à-vis des femmes.

La démographie, la mère des batailles pour la planète

Une étude publiée dans les lettres de la recherche environnementale par l’Université de Lund en Suède a identifié quatre changements de comportement prioritaires pour réduire l’empreinte carbone individuelle : ne pas posséder de voiture (économie de 2,4 tonnes de CO2 annuelles), éviter de voyager en avion (2,4), manger végétarien (1,6) et…avoir un enfant de moins : 58,6 tonnes !

Voilà bien le vrai enjeu climatique : la démographie, qu’il faut bien sûr croiser avec le style de vie ; un citoyen américain consomme 100 tonnes d’équivalent CO2 contre 0,1 pour un habitant du Niger. Une personne de plus à Washington ou à Niamey, ce n’est pas la même empreinte carbone…

Les évolutions démographiques, et les lieux où elles se produisent, sont ainsi l’enjeu essentiel des défis environnementaux.

La transition démographique, le grand remplacement n’est pas celui que l’on croit

Quel est le phénomène massif, prévisible, irréversible, qui va façonner le genre humain dans les générations qui viennent ? la grande transition démographique, à l’œuvre partout dans le monde, exactement de la même manière – mais pas au même moment.

Pendant longtemps, les humains ont eu à la fois un taux de mortalité et un taux de fécondité très forts. Il s’agit des deux faces de la même question : quand on meurt beaucoup, le réflexe humain fondamental est de faire aussi beaucoup d’enfants pour compenser. La population n’évolue alors que très lentement.

La transition démographique vient avec le développement économique, en deux phases.

D’abord, avec les progrès de l’hygiène, de la médecine, de la nutrition. La mortalité baisse rapidement, mais les réflexes de fécondité perdurent. C’est l’explosion démographique. La seconde phase commence quand le taux de fécondité décroît, c’est-à-dire quand la baisse de la mortalité commence à être intégrée dans les comportements natalistes. La situation est inverse de celle du départ, avec un taux de mortalité et un taux de natalité faibles.

C’est le début du remplacement d’une population jeune et en pleine croissance par une population vieillissante et en déclin : c’est ce phénomène qu’il faut comprendre, et qui va interagir avec la transition environnementale.

Pour qui sonne le glas : l’hiver démographique

Où en sommes-nous de cette transition ? Les pays européens l’ont initiée à la fin du 18 ème siècle, les autres pays, les uns après les autres. La population mondiale a décuplé, de 800 millions en 1800 à 7,8 milliards aujourd’hui.

Les pays en voie de développement ont commencé plus tard, mais à un rythme accentué. La limitation des naissances, les progrès sanitaires, la condition des femmes ont entrainé une baisse de la fécondité en quelques décennies seulement. L’Afrique est ainsi au milieu de la transition. Son taux de fécondité, c’est-à-dire le nombre d’enfant par femme, de 6,5 en 1950, de 4,4 aujourd’hui, n’approchera 2 (le taux nécessaire pour qu’une population se maintienne) qu’en 2100.

Tout le monde sait que les pays développés vieillissent. Ce qui est moins su est que ceci ne se produit pas par une simple augmentation du nombre de personnes âgées. En fait, nombre de pays voient leur population jeune baisser, non seulement en % de l’ensemble, mais en valeur absolue. Le taux de fertilité est en effet inférieur à 1,5 dans nombre de pays, dont le nombre d’habitants âgés de 25 ans va baisser entre 2020 et 2050, par exemple, l’Italie va en perdre 3 millions, la France 1,4, l’Europe 23, la Chine 88, etc.

Voilà bien la réalité de l’hiver démographique des pays développée : baisse en valeur absolue de la population, et remplacement d’une partie de la population jeune par une population senior. Les chiffres donnent le vertige, par exemple :

  • Entre 2020 et 2050, l’Europe va perdre 37 millions d’habitant : moins 94 millions pour les moins de 60 ans, + 57 millions au-delà
  • Entre 2020 et 2070 (la transition démographique y a commencé plus tard), la Chine va perdre 181 millions d’habitants : moins 385 millions pour les moins de 60 ans, + 205 au-delà

La condition féminine, la clé d’une course contre la montre planétaire

Nous sommes ainsi à la croisée des chemins.

Les pays développés ont achevé leur transition démographique, mais d’une façon différente de ce qui était prévu. Au lieu que les taux de mortalité et de fécondité s’équilibrent, au contraire, le nombre d’habitants a commencé à baisser. Ceci a un double impact. D’une part, contrairement aux idées reçues, des vastes territoires comporteront tout simplement moins d’habitants qu’aujourd’hui. De l’autre, ces espaces seront occupés par des populations bien plus vieilles, donc d’une culture différente de celle des populations plus jeunes : plus sensibles au long terme, à la durabilité des produits, moins avides de nouveautés, bref : « durable inside ».

De leur côté, les pays en développement sont au milieu de leur transition démographique, qu’ils opèrent en quelques décennies, là où l’Occident a mis deux siècles. Eux aussi connaîtront un temps où leur population ne croîtra plus, voire baissera.

Le tout est de savoir à quel rythme. La soutenabilité du développement, donc une transition écologique réussie, dépend ainsi pour une bonne part du rythme de la transition démographique. En clair, accélérer celle-ci, c’est se donner des chances de réussir celle-là.

Or, quelle est la clé ultime de l’accélération de la transition démographique ? La vitesse du ralentissement du taux de fécondité, lui-même directement corrélé à la condition féminine. La libération du patriarcat, la possibilité des jeunes filles de choisir leur vie, l’acceptation sociale du contrôle des naissances, sont autant de puissants accélérateurs des transitions démographiques à l’œuvre.

Le 15 juillet dernier est parue dans The Lancet une étude de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME), rattaché à l’université d’Etat de Washington à Seattle , qui revoit drastiquement à la baisse les prévisions de l’ONU. La population mondiale n’atteindrait jamais 10, 8 milliards d’habitants ; mais connaitrait un pic à 9,7 en 2064 pour redescendre rapidement à 8,8, soit un niveau comparable à celui d’aujourd‘hui. Cela change tout.

La considération accordée aux seniors, la condition féminine, sont largement conceptualisés comme des impératifs moraux, inscrits dans la marche des civilisations. C’est vrai. Mais c’est aussi tout autre chose. Les valeurs du vieillissement, l’égalité des hommes et des femmes, sont aussi les clés qui peuvent nous permettre, via la démographie, de gérer au mieux notre transition environnementale.

La convergence des luttes est une vieille antienne du Front Populaire de 36, de mai 68… Aujourd’hui, ce qui se joue est de cet ordre. Le vieillissement, le féminisme, l’écologie, peuvent, ou pas, s’aligner ensemble dans notre destin commun.

Lien d'origine : https://www.lopinion.fr/edition/economie/transition-ecologique-transition-demographique-condition-feminine-221273

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