Entretien avec Michèle Delaunay, ancienne ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie.

Entretien avec Michèle Delaunay, ancienne ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie.

Michèle Delaunay a été députée de la Gironde et ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie de 2012 à 2014. Un ministère auparavant dénommé ministère des Personnes âgées et de la Dépendance et dont elle a fait transformer l’intitulé. Michèle Delaunay a été à l’origine de l’élaboration de la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement (ASV) adoptée en 2015.

 

Q : Vous êtes très sensible au vocabulaire utilisé pour parler des personnes âgées, pourquoi ?

Michèle Delaunay : Le lexique employé pour désigner les personnes âgées a évolué fort heureusement. On ne parle plus des « vieux ». On préfère aujourd’hui senior, retraités, âgés...Ce n’est pas forcément satisfaisant mais ce que je voulais exprimer en tant que ministre c’est un concept positif. Cultiver son autonomie, c’est plus valorisant que lutter contre la dépendance. De même lorsque l’on parle du « Grand âge », de quoi parle-ton exactement ? Selon moi, il faut éviter de stigmatiser les personnes âgées, je préfèrerai que l’on utilise le mot longévité. Faire une loi sur la longévité apporte un accent plus positif que faire une loi Grand âge.

 

Q : Justement, cette loi d’envergure dédiée au grand âge et à l’autonomie peine à voir le jour, quelles en sont les raisons ?

M.D : Je pense que les pouvoirs publics s’intéressent de préférence aux jeunes. J’avais l’habitude de plaisanter lorsque j’étais ministre en expliquant que tous les Français n’ont pas d’enfant mais ils ont deux parents, ce qui devrait amener à une prise conscience. D’autant que l’évolution de la démographie en Europe et en France notamment, nous indique que les sociétés vieillissent. Or, le sort des personnes âgées s’il interpelle sur le plan affectif, aussi bien le grand public que les politiques, n’éveille pas à une prise de position ferme. Je veux dire que la vieillesse, ça n’est pas une question politique, ce n’est pas un enjeu de débat, ni de combat. Tout le monde est d’accord pour agir quel que soit le bord politique, mais personne n’en fait un sujet fondamental. D’autre part aujourd’hui, les gens nés après 1945, ceux que l’on appelle les « boomers » ne font pas pitié. On projette l’image de personnes qui ont bien vécu, ont connu les Trente Glorieuses, un marché du travail dynamique ouvert aux femmes, ils ont pu acheter un logement, un véhicule...Ces éléments ne poussent pas à anticiper une politique énergique pour s’adapter aux changements sociétaux. Ce sont les enfants des boomers qui seront concernés à court terme.

 

Q : Que faudrait-il pour faire bouger les lignes sachant que les professionnels, eux, attendent des avancées et une loi d’envergure ?

M.D : Oui, il y a, à juste titre, une forte mobilisation des professionnels notamment dans les EHPAD. La loi est une nécessité qui doit aller au-delà de la prise en charge financière de l’État. Je veux dire qu’il faut bien sûr des moyens qui apporteront un appel d’air mais avant cela un programme et des objectifs et ensuite les moyens nécessaires. Il faut aller plus loin avec des exigences pour les Ehpad, des exigences pour le personnel, de nouvelles compétences. C’est très bien d’organiser deux heures d’activités par jour pour les personnes âgées mais il faut des personnels aptes à animer ces séquences. Il est essentiel de travailler sur ce sujet car il s’agit de la prévention du vieillissement. Il convient de donner des responsabilités aux personnes âgées dans les structures où elles sont hébergées pour leur donner des raisons d’être utiles. Dans la société en général, cette idée devrait être développée, car globalement les personnes âgées d’aujourd’hui sont en meilleure condition physique qu’avant et ont envie de participer à la vie sociale. Ce sont des citoyens à part entière et ils ont une légitimité. L’activité est un gage de prévention or souvent on oppose les âgés aux jeunes, les premiers étant accusés de piquer le boulot aux seconds. Il y a vraiment urgence à changer d’état d’esprit et à se saisir de cette question relative à la longévité et au bien vieillir.