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"Vieillir, le grand vertige" de Dominique Boulbès

Posté le 22 juillet 2016 dans Le coin des experts

Paru dans notretemps.com - http://bit.ly/1qqmNG2 

Dominique Boulbès: "Les seniors ont un côté "ni Dieu ni maître"

Par Isabelle Duranton le 12 mai 2016

Solitude, argent, couple, retraite, famille, perte d’autonomie, mort… Sur ces sujets, Dominique Boulbès a recueilli les témoignages d'une trentaine de seniors âgés de 70 à 100 ans.


Le dirigeant d'entreprise Dominique Boulbès publie "Vieillir, le grand vertige" qui donne la parole à une trentaine de seniors. Odette, 93 ans, Claudine, 76 ans, ou encore Maryse et Dominique, respectivement 83 et 81 ans, racontent leur quotidien. Passage à la retraite, solitude, argent, vie de couple et de famille, corps fatigué et maison qu’il faudra un jour quitter… Autant de thèmes forts et de paroles pétillantes, bien loin de l'idée que l'on se fait des seniors. Interview de l’auteur.

Notre Temps : Pourquoi écrire un livre sur le vieillissement et la vieillesse?

Dominique Boulbès : Je suis patron d’Indépendance Royale, une entreprise qui s’occupe de l’équipement à domicile des seniors et je suis, au quotidien, confronté au vieillissement. 

N. T.: Quel est le point de départ  de ce livre?

D. B.: Nous vivons dans des sociétés modernes, occidentales, où la valeur du temps a disparu. Cela vaut pour tous les domaines: l’art, l’entreprise, la finance... La valeur du temps qui passe n’existe plus et je pense que cela est préjudiciable.

N. T.: Donner la parole aux seniors redonne de la valeur au temps?

D. B.: Oui, ils témoignent du vieillissement et du temps qui passe. Regardez la publicité: les jeunes prennent la parole. Mais pour ce qui est des seniors, leur parole est confisquée, ils sont toujours un peu ridicules. Il n’y a plus de parole sur l’âge et le vieillissement, elle s’est perdue. Or le regard que la société porte sur les personnes âgées les emprisonne. Un des objectifs de ce livre est aussi de coller au réel et de témoigner de leur complexité.

N. T.: Comment avez-vous travaillé?

D. B.:  J’ai eu l’idée de croiser les regards en faisant appel à une sociologue, Axelle Rouge, et une artiste photographe, Catherine Maria Chapel. Il y a des portraits photographiques, des entretiens et des commentaires.

N. T.: Avez-vous eu des surprises en recueillant ces paroles?

D. B.:  La jeunesse n’est pas si loin pour ces gens qui témoignent. Tout est présent, à portée de main. Le temps passe très vite mais le souvenir ne s’éteint pas! Ces personnes âgées que nous voyons étaient jeunes avant-hier et c’est la première surprise: ils sont restés les mêmes. Les autres générations pensent qu' "ils sont plus sages". Mais non, ils sont pareils! Avec leurs impatiences, leurs envies. Ils changent peu sauf qu’ils acquièrent un peu de hauteur.

N. T.: Cette position pourrait être mieux mise en valeur dans la société?

D. B.: Ils sont perçus comme en retrait de l’existence alors qu’ils sont plutôt sur une terrasse en train de regarder la vie qui passe. Une des questions que pose la vieillesse, c’est "qu’est-ce qu’on est après" la retraite, la vie sociale, en dehors de ce regard que portent sur nous autrui. Lorsque à la retraite, un senior se retrouve coupé des liens sociaux et professionnels, il s’interroge et la vie l’amène à se réinventer car il est perçu comme quelqu’un qui a été et non pas comme quelqu’un qui va être. La difficulté, l’âge venant, est de continuer à être alors que le regard des autres vous a transformé en objet.

N.T.: Vos témoins montrent un désir commun de liberté

D. B.: Être vieux, ce n’est pas forcément être dévoué, ce que nous pouvons avoir du mal à accepter. Il y a un côté "ni Dieu ni maître" chez les seniors.

N.T.: Les seniors parlent aussi la peur du corps affaibli et de la question de la maison qu’il faudra quitter un jour

D. B.: Aller en maison de retraite, ce n’est pas seulement quitter son domicile, ce que beaucoup de gens ne comprennent pas. C’est surtout quitter et perdre sa liberté. L’enjeu de l’autonomie, du maintien à domicile, ou plutôt du "rester à domicile", formule que je préfère utiliser, c’est l’enjeu de la liberté. Les personnes interviewées ont moins peur de la mort que de la perte ou de la privation de liberté engendrée par la fin de l’autonomie. Cette privation est une peur plus puissante, plus viscérale que ce que nous imaginons. La capacité à rester autonome est un prérequis pour conserver une image de soi. Quand on est plus autonome, on continuer à vivre et à être quelqu’un.

Vieillir, le grand vertige, Dominique Boulbès, Axelle Rouge, Catherine Maria Chapel, PHB Editions, 16 euros. BP 30132, 75921 Paris Cedex 19
Dominique Boulbès est aussi président de la fondation Silver Culture, qui se consacre aux projets culturels et scientifiques en lien avec le vieillissement.

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